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Gbagbo, l'UA et après ?
Article publié le: 21 Mars 2011 - Auteur: Ronchard LAGOUTTE - Source: Lebanco.net
Le 10 mars 2011, le Groupe de Haut niveau (panel) mis en place par l'Union Africaine a annoncé ses décisions entérinées ensuite par le Conseil de Paix et de Sécurité de l'organisation continentale ;

Pour l'essentiel, Alassane Ouattara est le Président élu de Côte d'Ivoire et il doit former un gouvernement d'union nationale en vue de favoriser la réconciliation et la paix ;

Cette décision de l'Union Africaine n'apprend rien à Laurent Gbagbo qu'il ne sache déjà ; et pourtant, elle est lourde de conséquences pour lui et son clan dans le processus de confiscation du pouvoir qu'ils ont mis en place ;

En effet, ses soutiens supposés ou réels dont l'Afrique du Sud, l'ont abandonné et officiellement, l'organisation continentale reconnait désormais d'une seule et même voix, l'élection de M Ouattara à la tête de la Côte d'ivoire;

En outre, le champ de ses initiatives diplomatiques dilatoires s'est considérablement rétréci et l'étau politique se resserre encore un peu plus autour de lui ;

De plus, les possibilités que l'ONU se fonde sur la position commune des Africains pour autoriser une intervention militaire en Côte d'Ivoire comme elle l'a fait pour la Libye avec la position de la Ligue Arabe, se sont considérablement accrues ;

Au plan interne, les initiatives militaires des Forces Républicaines de Côte d'Ivoire (FRCI) pour installer Mr Ouattara au palais présidentiel se trouvent légitimées.

Mais tout est-il perdu pour autant pour Laurent Gbagbo ? Et tous ces risques peuvent-ils suffire à le convaincre de mettre immédiatement un terme à son aventure en acceptant enfin qu'il a tort de se maintenir illégitimement et illégalement au pouvoir ?

Rien n'est moins sûr.

Bien au contraire, la décision du Panel de l'UA peut être lourde de conséquences pour l'avenir de la Côte d'Ivoire et pour celui des populations qui y vivent.

Car, Laurent Gbagbo ne s'est jamais douté vraiment de la décision susceptible d'être prise par le Panel de haut niveau de l'UA tant il aurait été cataclysmique de voir l'organisation continentale se dédire après avoir reconnu au moins par deux fois, l'élection de son rival.

Mais le temps mis par l'Union Africaine pour prendre ces décisions lui a été utile pour organiser « la résistance » en vue de redoubler les violences perpétrées contre les populations civiles.

Et à présent, il faut craindre qu'il ne profite du temps nécessaire à la mise en ouvre effective des recommandations de l'UA et éventuellement, à l'adoption par le Conseil de Sécurité de l'ONU d'une décision autorisant l'usage de la force, pour poursuivre et accentuer la mise à feu et à sang de la Côte d'Ivoire.

« Guerre civile. ».

Parce qu'en réalité, Laurent Gbagbo a un objectif ouvertement affirmé depuis le début de la crise postélectorale : démontrer à tous qu'il est celui qui a raison lorsqu'il annonce qu'en dehors de lui, personne et encore moins Mr Ouattara, ne peut gouverner la Côte d'Ivoire d'une part et que son départ ouvrira la voie à une guerre civile préjudiciable à toute la sous-région, d'autre part.

Et, de l'entrée en scène des experts de l'UA, suivis du Panel de haut niveau jusqu'à la décision du Conseil de Paix et de Sécurité (CPS), tous les évènements corroborent l'idée que Laurent Gbagbo a fait le choix « d'avoir raison contre tous » et de faire regretter à tous de n'avoir accordé que peu de crédit à ses mises en garde et menaces ;

Et il apparait clairement que chaque jour qui passe est un jour perdu pour la paix et un jour gagné pour la guerre civile en Côte d'Ivoire ;

Les recrutements et les entrainements de miliciens et de mercenaires se font au grand jour ;

"Je demande à tous les jeunes de Côte d`Ivoire qui se sentent aptes, qui
sont prêts à mourir pour leur patrie, qui ne supportent plus l`humiliation que
subit la Côte d`Ivoire, de se rendre dès lundi à 7H00 (locales et GMT) à
l`état-major pour se faire enrôler dans l`armée afin de libérer la Côte
d`Ivoire de ces bandits", a lancé Charles Blé Goudé, entouré de ses
principaux lieutenants ainsi que du chef des miliciens pro-Gbagbo de l`ouest
du pays, Maho Glofiéhi le samedi 19 mars 2011.

Les distributions d'armes de guerre et d'armes blanches à certaines catégories de la population civile se multiplient de jour en jour ;

Les personnels et les biens de la force des Nations Unies en Côte d'Ivoire (ONUCI) sont attaqués ;

Les « jeunes patriotes », une milice favorable à Laurent Gbagbo, tiennent des barrages de contrôle sur tous les axes routiers pour débusquer et « neutraliser » tous les « suspects » ;

Les armes non conventionnelles sont utilisées impunément chaque jour contre des populations civiles démunies et innocentes, ne constituant de surcroît aucune menace immédiate ;

Les violences accompagnées d'atrocités de toutes natures touchent presque tous les quartiers d'Abidjan et toutes les communautés ethniques et religieuses sont menacées ;

Plusieurs autres parties du pays dont l'ouest notamment, ne sont pas épargnées.

Des régions entières du pays sont privées d'eau et d'électricité pendant plusieurs jours, voire des semaines, à titre de représailles, occasionnant de nombreux morts parmi les enfants, les bébés en couveuses, les femmes enceintes et/ou en couche, les vieilles personnes ainsi que les malades dans les hôpitaux.

Les lieux de culte musulmans sont désormais des cibles ; les heures de prière, moment d'affluence, sont les moments d'attaque à la grenade ou à la kalachnikov !

Les lieux publics à l'exemple des marchés et des gares routières sont visés aux heures d'affluence ! Les obus de mortier tuent par dizaines des femmes, des enfants, des hommes, des jeunes, des vieux, simplement coupables d'être présumés favorables à Alassane Ouattara ;

Les réfugiés en nombre de plus en plus croissant affluent de partout à l'intérieur du pays comme dans les pays limitrophes (Libéria, Guinée, Ghana, Togo,.).

Atrocités

De nombreuses églises sont devenues des refuges de populations fuyant les atrocités des attaques au mortier, des bombardements ou des assassinats ciblés des forces fidèles à Laurent Gbagbo ;

Les populations étrangères, notamment celles originaires de la sous-région ouest africaine, sont ouvertement indexées et principalement visées par les exécutions extrajudiciaires et les assassinats ;

Les populations cibles, celles considérées comme majoritairement favorables à Alassane Ouattara sont extraites de leurs domiciles et froidement exécutées de jour comme de nuit ;

De nombreux biens privés et domiciles sont pillés, saccagés et incendiés ;

Depuis de longs mois, des maisons ont été marquées des signes « D » et « B » pour Dioula et Baoulé ;

Les appels au pogrom sont lancés directement dans les colonnes des journaux à grand tirage (Le Temps, édition du vendredi 18 mars 2011), à la radio et à la télévision (Ahoua Don Mello sur RTI-le jeudi 17 mars 2011).

« Ahoua Don Mello, porte-parole du gouvernement de Gbagbo, a engagé la population à se joindre à sa lutte contre le "terrorisme".
"Le président de la République de Côte d'Ivoire, Son Excellence M. Laurent Gbagbo, appelle les Ivoiriens à une plus grande responsabilité et à une plus grande collaboration entre les citoyens et les Forces de défense et de sécurité afin que toutes les présences suspectes dans notre environnement soient neutralisées", a-t-il dit. » Reuters le 19 mars 2011.

Y a-t-il signaux plus évidents que ceux-là pour indiquer que, si rien n'est fait au plus vite, la Côte d'Ivoire se dirige tout droit vers la page la plus sombre de son histoire et menace de rouvrir la parenthèse rwandaise de 1994 que tout le monde espérait définitivement close ?

Combien sont-elles, les populations directement menacées à Abidjan ? Ivoiriens du nord et du centre, partisans de la coalition politique soutenant M Ouattara, le Rassemblement des Houphouétistes pour la Démocratie et la Paix (RHDP), résidents originaires du Mali, du Burkina Faso, du Niger, de la Guinée, du Nigéria, du Togo, du Bénin, du Sénégal, du Ghana, etc, non compris les occidentaux ? ( environ 2 à 3 millions ou plus encore !)

Et quelles seront les conséquences de la riposte de ces populations menacées ?

Déjà, les images des tueries atroces font chaque jour le tour du monde et chaque nouveau jour, ces atrocités présentent un visage de plus en plus laid, insoutenable et insupportable ;

Face à tout cela, qui pourra dire qu'il n'était pas averti ; qui pourra dire qu'il ne savait pas ?

Alain Juppé, ministre des affaires étrangères française, lors de son plaidoyer à l'ONU, avant le vote de la résolution sur la Libye, a tenu ces propos on ne peut plus judicieux : « Chaque jour, chaque heure qui passe alourdit le poids de la responsabilité qui pèse sur nos épaules. Prenons garde d'arriver trop tard ! Ce sera l'honneur du Conseil de sécurité d'avoir fait prévaloir en Libye la loi sur la force, la démocratie sur la dictature, la liberté sur l'oppression». Dixit Dao Maïmouna in « le patriote ».

Il est temps de prononcer ces mêmes mots pour la Côte d'Ivoire et d'agir afin de ne pas laisser prospérer plus longtemps la confiscation illégitime du pouvoir et les terribles violences subies par les populations ivoiriennes.

Le souvenir rwandais hante toujours les esprits.

Mais plus qu'au Rwanda et plus qu'en Libye, la responsabilité de la communauté internationale sera directement engagée en Côte d'Ivoire car ici, elle a un visage : celui des plus de 10 000 casques bleus de l'ONUCI qui sont stationnés dans le pays depuis de longues années ; celui également de la force française d'intervention rapide (Licorne) qui les accompagne depuis tout ce temps.

Et leur mandat déclaré est de protéger les populations civiles ; Ils doivent impérativement l'exécuter.

Mais au lieu de cela, ce qu'ils réussissent le mieux à ce jour, c'est la comptabilité macabre des morts de tous les jours et des diverses formes de violations des droits humains ; la faute à leur mandat ?

Lors de son passage devant le Conseil de Sécurité de l'ONU en faveur de l'intervention en Libye, Alain Juppé a déclaré : « Nous ne pouvons pas abandonner à leur sort des populations civiles victimes d'une brutale répression. Nous ne pouvons laisser bafouer la légalité et la morale internationales ». Il a été entendu !

Et pourtant, les ivoiriens qui ne sont certes pas les Libyens, subissent depuis de longs mois la brutale répression de Laurent Gbagbo et de ses milices sans que le Conseil de Sécurité ne juge utile d'intervenir pour y mettre un terme.

Pire, ils doivent regarder, impuissants et incrédules, le même Conseil de Sécurité de l'ONU bloquer les initiatives de la CEDEAO en faveur d'une intervention en Côte d'Ivoire.

A présent, peut-on vraiment espérer qu'après avoir apporté tout l'appui logistique nécessaire à l'organisation de l'élection présidentielle en Côte d'Ivoire, certifié les résultats de cette élection, reconnu la victoire d'Alassane Ouattara, accrédité ses ambassadeurs à l'ONU, à Washington, Paris, Bruxelles, Genève, etc., la communauté internationale va terminer sa mission d'accompagnement du processus électoral en mettant fin à la prévalence de la force sur la loi, de la dictature sur la démocratie et de l'oppression sur la liberté ?

Les africains se sont accordés au sein de la CEDEAO et au sein de l'Union Africaine : le président élu en Côte d'Ivoire est M. Alassane Ouattara ; Laurent Gbagbo doit lui céder sans délai, les fonctions qu'il usurpe et la répression contre les populations doit cesser ;

Le Conseil de Sécurité de l'ONU est attendu pour la suite, et la FIN !

Ronchard LAGOUTTE

Québec,CANADA
Les réactions
 
Josephine  a écrit
21 Mars 2011 06:59:54
Réagissez vite avant qu'il ne soit trop tard.Les atrocités vécues par les populations civiles sont nombreuses et horribles. Vous communauté internationale les ivoiriens vous regardent avec commisération.
 
Raoul Bacary  a écrit
21 Mars 2011 05:55:00
Ceci est très complet, et très juste.
Tout est dit dans ce billet.
Maintenant, dans l'attente de cette hypothétique action du Conseil de sécurité, un adage dit : Aide-toi, le ciel t'aidera.
Le président élu Ouattara ne peut plus et ne doit plus rester inerte face à ces tueries révoltantes de paisibles populations dont le tord finalement a été de lui donner leur suffrage.
Il a crée les FRCI, alors qu'il ordonne que Gbabo soit délogé et qu'ils obéissent, comme ils ont dit.
De tous temps, tout le monde sait que Gbabo ne respecte que la force des armes, alors il faut que les armes parlent maintenant.
ADO doit arrêter de jouer au GANDHI du Golf Hôtel.
Les centaines d'ivoiriens assassinés par la soldatesque de Laurent Gbabo ne sont plus là. D'autres vont suivre le même chemin.
Si ADO n'a pas été capable de les protéger, qu'il daigne au moins protéger les futurs condamnés à mort à venir, par la seule chose que la nation et l'Afrique attendent de lui: faire parler les armes aux fins de déloger Laurent Gbabo.
On ne fait pas d'omelettes sans casser les oeufs.