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La face cachée de la solidarité africaine
Manifestation de travailleurs immigrés sans papiers, à Paris en 2010
Article publié le: 21 Mars 2011 - Auteur: - Source: slate.fr
Une idée très répandue présente l'Afrique comme la terre de la solidarité. Souvent opposée à l'individualisme occidental, elle cache pourtant des zones d'ombres dont il est tabou de parler.



Plus qu'une option, l'entraide est un devoir. Très jeunes, nous apprenons à nous dévouer pour le bien-être de la famille, avant de penser à notre épanouissement personnel. Les Africains de la diaspora le savent bien. C'est d'ailleurs pour cette raison qu'ils émettent tous les mois des mandats au bénéfice du «bled».

Les transferts d'argent de la diaspora africaine ont atteint un montant de 21,5 milliards de dollars (15,4 milliards d'euros) en 2010, selon un rapport de la Banque mondiale. Cette somme équivaut à quatre fois le budget annuel de la République démocratique du Congo (RDC). Une preuve éloquente de solidarité de la part de ceux qui sont partis et qui sont obligés d'assister les leurs, restés dans des pays pauvres et gérés de manière calamiteuse.

Depuis son deux pièces au 14e étage d'une tour HLM à Melun (région parisienne), Rolly arrose sa famille restée à Kinshasa (capitale de la RDC). Arrivé en France en 1998, il a vécu dans la clandestinité pendant neuf ans. Régularisé en 2008, il travaille actuellement comme vigile dans une grande surface. Ce job lui permet d'empocher un peu plus que le salaire minimum (1.400 euros). «J'aide mes parents et mes quatre frères et sours restés au pays», confie t-il. Tous les mois, c'est en moyenne 500 euros qui transitent par les agences de transfert de fonds.

«Je paie pour les études de mes frères et sours et pour le loyer de mes parents. J'essaie dans la mesure du possible d'aider les cousins et les oncles qui sont nombreux à m'appeler au secours.»

Une fois les transferts effectués, Rolly se débrouille avec le reste, en attendant la fin du mois suivant. Il ne sort presque jamais et fait très attention à ses dépenses.

N'en déplaise à Monsieur Guerlain qui émit un jour des doutes quant à la «capacité du nègre à travailler», ils sont nombreux ces Africains qui peinent, cherchent et frottent pour entretenir la famille. Ils le font si bien qu'ils oublient de s'occuper d'eux-mêmes, obnubilés par la soif de servir.

Et c'est bien tard qu'ils se rendent compte qu'ils ne sont plus que des porte-monnaie sur pattes, au service de frères, cousins et oncles qui en demandent toujours plus et qui ne se rendent pas compte de la peine éprouvée pour gagner les euros qui entretiennent le village.

Pressions familiales et chantage

«Le jour où j'ai appelé mon père pour lui dire que je n'en pouvais plus de la clandestinité et que je voulais rentrer au pays, j'ai cru qu'il aurait une attaque», se souvient Céhinah. Actuellement nounou dans une bonne famille du XVIe arrondissement de Paris, cette Ivoirienne a débarqué en France il y a une dizaine d'années pour poursuivre ses études en droit. «Alors étudiante, j'étais quand même obligée de travailler pour envoyer de l'argent au pays.» Elle arrête les études et c'est là que les choses se gâtent. Injonction de quitter le territoire, passage à la clandestinité, travail au noir, bref l'enfer.

«Je me souviendrai toute ma vie de cette conversation avec ma mère. Elle était en larmes. Elle m'a dit que je n'avais rien à faire au pays. Ma place était en France. Je devais y rester, travailler et aider la famille. Je me suis sentie seule. Personne n'avait l'air de se soucier de mon sort. Mes propres parents n'avaient pas l'air de comprendre que c'était très dur la vie de sans-papiers.»

Que penser lorsque vos parents vous font comprendre qu'ils préfèrent votre argent à votre présence? «Lors de mes visites au pays, j'ai la bizarre sensation d'être culpabilisée pour avoir payé très cher un billet d'avion. Je ferais peut-être mieux d'envoyer l'équivalent de l'argent dépensé, plutôt que d'aller rendre visite à ma famille», regrette Céhinah.

Avoir un enfant, un frère ou une sour dans l'hémisphère Nord est un motif de fierté. Pas besoin de travailler, le «Parisien» assure. Ainsi, les jouisseurs de la filière «famille à l'étranger», ceux qui fréquentent régulièrement les agences de transfert d'argent, ont plus de chances de séduire la gent féminine qu'un travailleur local. Cela sans compter les mariages arrangés entre maris du Nord et femmes du Sud. La preuve même qu'on peut s'aimer et se faire des cadeaux sans s'être jamais vu!

Certaines familles poussent le vice jusqu'au chantage. Les ancêtres maudiraient leurs descendants qui s'écartent du chemin de la solidarité. Il faut également tenir compte du fait que, dans bien des cas, la famille cotise pour payer le billet d'avion ou les passeurs. Quoi de plus normal que d'attendre un retour sur investissement?

La provenance des fonds n'a aucune importance

La pression familiale pousse certaines filles à la prostitution. Il suffit de traîner autour des quartiers chauds du XVIIIe arrondissement de Paris -de la gare du Nord à la porte de Clignancourt- pour croiser le chemin de ces péripatéticiennes venues d'Afrique. Les bisous exotiques se bradent ici pour des sommes allant de 10 à 30 euros. Il en faut des passes pour réunir les centaines d'euros à envoyer au bled.

Les bénéficiaires de la solidarité sont très peu regardants sur la provenance de l'argent. Ce qui compte, c'est de recevoir ses euros. Ils sont prêts à inventer des besoins pour recevoir une enveloppe plus importante. C'est ce que vit Romain, échafaudeur d'origine congolaise:

«Il y a quelques années, mon frère m'a appelé pour m'annoncer que sa femme était très malade. Il avait besoin d'argent pour l'emmener à l'hôpital. Pris de panique, j'ai couru vers une agence pour effectuer un transfert. J'apprendrais plus tard que ma belle-sour n'avait jamais été malade. Mon frère avait inventé une histoire pour me soutirer de l'argent.»

Il ne faut surtout pas se plaindre lorsqu'on se rend compte de la supercherie. Vivre à l'étranger, c'est un peu comme avoir une source intarissable d'argent.

Il est fréquent qu'un émigré célibataire et sans enfants entretienne la famille de son frère qui a deux femmes et une flopée d'enfants.

Une solidarité qui reste informelle

Dans la chaîne de la solidarité, il vaut mieux être du côté de l'arrosé. Etre solidaire, c'est en quelque sorte accepter de se faire ruiner sans broncher. Les milliards des expatriés viennent combler un déficit causé par une gestion catastrophique de la chose publique sur tout le continent. Plutôt que de s'insurger et demander des comptes à ses dirigeants, l'Afrique fait porter le fardeau à sa diaspora.

Les millions de dollars envoyés de l'étranger ne créent-ils pas une culture de la dépendance plutôt que du travail et de la réalisation personnelle?

La question se pose sérieusement quand on sait que l'essentiel des fonds transférés sur le continent par les rescapés du bateau africain financent les petits besoins du quotidien, dans le cercle familial. Il n'a jamais été question d'investissements de masse sur des projets d'envergure, susceptibles de sortir le continent d'un marasme économique quasi-endémique.

Cédric Kalonji
Les réactions
 
Agon  a écrit
21 Mars 2011 09:44:02
Cette dérive de la solidarité est dénoncée il y a longtemps mais rien ne change!Là réside le mystère.
En tous cas,l'expérience m'a prouvé que nos parents restés au pays et qui reçoivent nos sous sont des êtres sans pitié, ingrats et aptes à nuire.Ils sont même incapables de s'entraider entre eux!Ils n'ont pas de cour, je vous jure!
Malheur à vous si vous repartez les mains vides, ils vous chasseront loin d'eux ou vous tueront.
Et si vous repartez les poches pleines, fuyez-les!
 
Merline  a écrit
21 Mars 2011 04:39:54
Fatma, si les biens étaient bien gérés...Là est toute la question et la tare de l'Afrique Noire.
Non mais regardez cette photo, des hommes valides, forts et beaux, qui veulent apporter leur contribution en travaillant. Ils sont obligés de venir supplier les occidentaux pour qu'ils leur trouvent quelques dépotoirs à nettoyer.
Et que font les responsables africains??? Ils sont engoncés dans des costumes à 40° à l'ombre, transpirant et suant, à réfléchir à comment gruger encore et encore le pauvre peuple qui trime sans arrêt, pour des nèfles...Tous coupable et assassins. Tant que ces pauvres africains soutiendront la paix sociale sur le continent, pourquoi voulez-vous que les choses changent. NOIRS SACRIFIés, ASSUJETTIS ET CAPTIFS PAR SES SEMBLABLES.
 
Houkabey  a écrit
21 Mars 2011 04:22:41
Comment voulez-vous que le Continent se réveille? Ma chère Fatma? Lorsqu'il se trouve encore des personnes pour défendre l'indéfendable: le vol, le racket, la frivolité de dirigeants africains, qui pillent leurs concitoyens tout en cherchant à faire porter la responsabilité aux occidentaux.
C'est quand même une honte de voir de pauvres hères trimer dans la M....en Europe, en Amérique et dans des pays arabes ou asiatiques, alors que l'Afrique croule sous des richesses, qu'elle est incapable d'exploiter. Ces dirigeants véreux préfèrent signer des contrats ignobles avec des dessous de table inavouables pour leurs diverses débauches.
Parlons aussi de ces soi-disant intellectuels africains, qui passent leur temps à raconter n'importe quoi en utilisant des mots creux pour amuser la galerie, au lieu de se pencher pour faires des analyses constructives sur la faillite collective du continent et donner des pistes pour que le continent puisse rebondir.
NOUS SOMMES RESPONSABLES DE NOS PROPRES MALHEURS, TANT QUE NOUS NE SERONS PAS PLUS HONNETES AVEC NOUS-MEMES NOUS SERONS APPELés A SOUFFRIR ET SOUFFRIR ENCORE, PENDANT QU'UNE MINORITé FAIT LA JAVA AVEC LA SUEUR DE NOS FRONTS OU DE NOS FESSES, c'est selon...
Et lorsque je vois ces Africaines braillardes, au corps décapé, "de la matière plastique en guise de cheveux", tassée sur la tête, battre le pavé pour défendre des Dictateurs qui méritent la potence. Je me dis que l'Afrique n'a plus aucune dignité. Nous sommes et demeurons d'éternels assistés, le reste du monde l'a compris, et le monde avance sans même plus se préoccuper ni de nos souffrances, ni de nos misères. Libres à nous de faire les zouaves, le reste du monde se développe, sans nous.
Certains Africains ont eu la chance d'émigrer pour nettoyer les chiottes des autres. çà ne sera plus possible, le monde entier s'organise pour fermer ses frontières afin que l'Afrique pourrisse dans son jus immonde et finisse par comprendre le vrai sens de l'ENTRAIDE ET DE LA SOLIDARITé.
 
Victoire  a écrit
21 Mars 2011 04:18:13
La solidarite africaine n'existe plus depuis belle lurette. Aujourd'hui, c'est plutot de l'exploitation. Malheureusement, nous nous cachons derriere cette pseudo solidarite qui encourage la paresse et l'oisivete.
 
Fatma  a écrit
21 Mars 2011 02:45:59
Bonjour,

Je ne pouvais pas lire cet article sans réagir. Tellement il est réel. Le fait incontournable est que cette solidarité forcée est dans un seul sens. Une fois que les parents (directs ou indirects) abandonnent leurs enfants (peu importe l âge) dans cette avaenture incertaine, ils ne se préoccupent plus des problèmes que ceux -ci pourraient rencontrer. Ils n'ont même plus l'oreille attentive pour prodiguer des conseils au besoin et soutenir moralement. Pas même une seule fois ils n'appellent pour prendre des nouvelles sauf si bien entendu c'est pour soutirer de l'argent. Alors qu'à mon avis, l'illustration de la solidarité n'est pas que financière, elle peut être aussi morale, psychologique. Chose que les parents refusent d'apporter à leurs enfants.

Ce que nous observons à l'échelle micro est perceptible à l'échelle macro, quant on voit nos pays africains dans l'attente d'une assistance financière permamente des autres pays. Si encore les aides réçues étaient bien gérées peut être qu'un jour on sortirait du noir.

Que Dieu aide l'Afrique. Vivement que ce contienent se réveille un jour.